Bonjour! L’invité du jour pour l’interview de My-Storyblog est la scénariste-réalisatrice Binta Adama Sow.

Ce que vous allez découvrir et apprendre dans l’interview  :

  • Une présentation de la scénariste-réalisatrice Adama Binta Sow
  • Ses gouts artistiques
  • Le résumé de son film
  • Comment elle a réalisé son film avec ses propres moyens. Où est-ce qu’elle a trouvé tout cet argent ? Comment elle s’est organisée pour la régie ?
  • Comment Binta, en tant que réalisatrice aussi, a dirigé ses acteurs et son équipe technique pour pouvoir tirer le meilleur d’eux ?

 

Interview scénariste partie 1

Présentation de Binta Sow

Fassar : Bonjour ! Ici Fassar Maurice SARR du blog My-storyblog. Aujourd’hui, nous accueillons parmi nous mademoiselle Adama Binta Sow. C’est une jeune scénariste réalisatrice qui a réalisé son 1er court-métrage « Aveuglé par une aveugle » de manière indépendante ! Bonjour, Binta !

Binta : Bonjour, Maurice ! J’suis très heureuse d’être ici aujourd’hui.

Fassar : Peux-tu nous parler un peu de toi et de ton histoire d’amour avec le cinéma ?

Binta : Oui ! Moi et mon histoire d’amour avec le cinéma. C’est vrai que le cinéma, c’est ma passion dans la vie. C’est mon unique passion, on peut dire. Tout se rapporte à ça.

Comment ça a commencé ? D’abord, je regardais avant des mangas. Maintenant, je voulais devenir mangaka. Je voulais créer des BD et je me suis dit que ce ne sera pas possible. Puis, j’ai laissé tomber. J’ai commencé alors à écrire des scénarios. Mais, à la base, je voulais juste être scénariste et non réalisatrice.

Cependant, j’ai vu que le contexte ici en Afrique ou au Sénégal est différent. Par exemple quand tu fais ton scénario… Non, le cinéma n’est pas un domaine qui marche vraiment au Sénégal. Un domaine où tu peux trouver facilement des producteurs, des réalisateurs. J’ai décidé également que si j’écrivais mes scénarios, j’allais les réaliser. Euh, c’est ça en gros. Bref, le cinéma est la passion de ma vie.

Fassar : Je vois. Donc tu es passionnée de manga comme moi. Depuis l’enfance ?

L’ouverture d’esprit, une qualité nécessaire

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Binta : Oui, c’est durant toute mon enfance. Les mangas mais également les séries. Par exemple, les séries de Disney Channel ou même les séries qu’on mettait sur nos chaines. En fait, j’suis ouverte à tout. Je regarde même les séries asiatiques qu’elles soient coréennes, taïwanaises, japonaises. Je regarde ça. J’suis ouverte à tout, même les films d’Inde. Tout tout tout ! Donc, j’suis vraiment passionnée par l’audiovisuel et par tout ce qui est fictif, depuis toujours.

Fassar : De quoi parle ton film « Aveuglé par une aveugle » et qu’est-ce qui te l’a inspiré ?

Binta : Dans mon film « Aveuglé par une aveugle », il s’agit d’un jeune photographe Boubacar qui veut percer dans son domaine. Il veut devenir un grand photographe. Maintenant, un jour en marchant dans la rue, il va rencontrer une belle jeune fille aveugle Mariama. Et, il la voit en train de faire des gestes et des mouvements d’une grande beauté. Et, ça va l’attirer. A partir de là, il voudra lui parler et lui demander d’être son sujet de photographie. Comme ça, il pourra faire après une exposition des photos de cette aveugle. En gros, c’est ça le film « Aveuglé par une aveugle ».

Interview scénariste partie 2

Les étapes de son film en indépendant

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Fassar : Binta, tu es parvenue à réaliser ton film grâce à l’autoproduction. Pour un premier projet, ce n’est pas facile. Quelles sont les démarches que tu as eu à entreprendre pour cela ?

Binta : Oui, c’est vrai que j’ai autoproduit mon 1er court-métrage. D’abord, c’est à cause du contexte. Comme j’ai dit, ici au Sénégal, on n’a pas des structures ou des organismes ou des choses comme ça qui nous aident, qui aident les jeunes. Egalement, quand tu veux débuter et que tu es jeune et que tu vas voir les gens, les autorités, d’abord ils te sous-estiment. Il y a plein de choses comme ça qui font que tu finis par te dire : « bon, OK ! Puisque c’est comme ça, je vais me débrouiller seul et je ne vais rien attendre des autres ».

Pour les étapes, disons qu’en même temps, je veux être une productrice. Mais, je dois surtout remercier un ami qui m’a aidé pour le financement. Y a également ma famille qui m’a aidé pour le financement. Donc, j’ai pu avoir une petite somme et avec ça, j’ai pu assurer la production. Mais, sans payer vraiment les techniciens et les acteurs. Je leur ai dit que c’était un premier projet et que s’ils étaient intéressés, on peut tenter l’aventure ensemble. Maintenant, ce que j’ai assuré, c’est la régie. C’est-à-dire le manger et le transport de toute l’équipe.

Ceux qui ont soutenu la scénariste dans ce projet audacieux

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Binta: Pour les étapes, je pense que c’est comme les étapes normales d’une production. Sauf que pour mon projet la différence est qu’il n’y a pas eu derrière moi un organisme ou un producteur. Bref, quelqu’un dans une position d’autorité. Donc, j’ai eu l’aide et le soutien de la direction de la cinématographie. En effet, c’est là-bas que j’ai déposé une demande de prêt de matériel. Je savais que je n’aurais pas l’argent, par exemple, pour louer des matériels. Donc, j’ai déposé là-bas une demande de prêt de matériel.

Mais, à côté, tous les gens me disaient que ce n’est pas la peine de le faire. Parce que la direction de la cinématographie, on fait tout le temps ça. On demande mais ils n’aident pas. Mais, quand même, j’avais déjà déposé et finalement, ça s’est avéré positif. Ils m’ont ainsi prêté leur matériel et j’ai tourné avec leurs techniciens et leur matériel. Les acteurs, également, étaient des amis. On a répété ensemble pour qu’ils soient dans leurs rôles. C’est vrai que ce n’était pas facile mais c’était vraiment une belle expérience.

En même temps, je ne pouvais pas me mettre à attendre. J’étais trop pressé de vivre ça, de réaliser mon premier film ; je me suis un peu impatienté. Donc, je me suis dit que je ne vais pas rester là à attendre des financements qui vont venir à partir de je-ne-sais- quelle année. Je me suis alors dit : « je vais tenter le coup et faire ma première expérience ». J’avais envie de vivre ça. Donc, voilà !

Interview scénariste partie 3  :

Comment notre scénariste-réalisatrice a géré ses acteurs et son équipe technique?

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Fassar : Je vois. Euh… Qui dit film dit plein de monde à gérer. Action, coupez, faîtes ceci, ne faîtes pas cela. En tant que scénariste-réalisatrice, comment t’es-tu organisée pour gérer tout cela ? Toute cette équipe, tous ces acteurs jusqu’au bout ?

Binta : Pour mon premier court-métrage, c’est vrai, y avait les acteurs. Y avait les équipes mais je pense que je me suis d’abord mis dans une position d’égale à égale avec eux tous. C’est vrai que le réalisateur est le chef sur le plateau. Mais, je ne me suis pas dit : « c’est moi le chef. Ils doivent faire tout ce que je dis ». Non, je me suis plus mis dans une position d’ouverture. Par exemple, je me suis dit qu’ils ne sont pas en train de travailler pour moi mais ils sont en train de travailler avec moi.

Mais, je pense que ce n’est pas comme ça que les gens voient la chose. Il y a un prof qui m’a dit un jour que quand tu es réalisateur les gens, ils travaillent pour toi et non avec toi. Ce n’est pas ma vision des choses.

Un véritable travail d’équipe

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Par exemple, quand on se mettait à faire des plans, j’étais très ouverte aux suggestions du cadreur. Par exemple, il arrivait que le cadreur propose des plans et c’était bien. En quelque sorte, je voulais que ce soit une création qui vient de tous les membres, en quelque sorte. Les acteurs n’ont pas beaucoup de choses à proposer. Avec les répétitions, on a essayé de changer certaines choses qui correspondaient mieux à leur personnalité. Lors du tournage, ils devaient essayer de bien reproduire ça pour qu’on ne perde pas du temps.

Pour les techniciens, c’était pas à difficile à gérer. Euh… Ça s’est bien passé aussi bien pour nous que pour le reste de l’équipe. En quelque sorte, on a travaillé ENSEMBLE pour le projet. C’était ça.

Interview scénariste partie 4  :

Où est-ce que Binta a appris le métier de scénariste?

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Fassar : Au fait, Binta ! Où est-ce que tu as appris à écrire un scénario pour la première fois ?

Binta : Hum, où est-ce que je l’ai appris. Euh, c’est vrai que d’habitude, les écrivains et les gens qui adorent l’écriture ont commencé très tôt. Durant leur enfance. Mais, moi, avant je dessinais. Je n’écrivais pas ; j’étais passionné par le dessin. Mais, tout à coup en 2009, je ne sais pas ce qui s’est passé.

J’ai commencé à écrire mais ce n’était pas des scénarios. C’étaient des citations philosophiques. Après, j’ai adoré l’écriture. C’était devenu quelque chose qui faisait partie de ma vie et de ma personnalité. Puis, quand j’ai regardé une série japonaise qui s’appelait Hana Yori Dango, ça m’a tellement touché.

Je me suis dit alors que « j’ai envie d’écrire un scénario qui puisse faire autant de biens à d’autres personnes. C’est moi qui vais écrire une histoire et la conduire où je veux. C’est-à-dire je vais faire une histoire tellement bien que les gens vont tellement adorés. Ce que je voulais faire. C’est savoir faire ressentir aux gens ce que j’ai ressenti quand j’ai regardé cette série. Voilà ce qui m’a un peu poussé à démarrer l’écriture. Donc, j’ai commencé à écrire en 2009 des scénarios. Mais, je précise que ce n’était même pas des scénarios africains, sénégalais. C’était des scénarios asiatiques parce que c’est ça que je regardais le plus souvent.

Une énorme soif de connaissance

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Puis, quand est-ce que j’ai commencé ? Je pense que c’est en 2012 que j’ai commencé à écrire des scénarios africains. Là, j’ai vu un côté un peu patriote qui s’est développé en moi. Je me suis dit alors que je ne vais même pas me mettre à écrire des scénarios pour les autres pays. J’suis au Sénégal et j’ai vu que pour mon environnement ici, le cinéma ne marche pas trop. J’ai donc eu envie de faire du cinéma pour mon pays.

Pour l’apprentissage de l’écriture, j’ai commencé par la pratique. En même temps aussi, vu qu’il y a internet, chaque fois je me mettais à lire. J’arrêtais de lire des articles sur la façon d’écrire un scénario. Tous les sites sur le scénario, je les ai lus. Alors qu’à la base, je n’aime pas du tout lire. Mais, je voulais savoir comment on écrit un scénario, la mise en forme. Donc, c’est progressivement que je me suis amélioré. Ce n’est pas franchement le premier scénario que j’ai écrit en 2009 qui est réussi. Quand on voit ce scénario et qu’on le compare à celui que j’ai écrit maintenant, on voit beaucoup beaucoup d’évolution.

Donc, disons que j’ai appris par la pratique et même temps par la théorie (c’est-à-dire en lisant). Jusqu’à présent, je continue à lire des conseils et tout pour m’améliorer. C’est comme ça que ça s’est passé.

Interview scénariste partie 5  :

Les conseils de Binta pour les scénaristes et les réalisateurs

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Conseils pour l’écriture

Fassar : Pour terminer, quels sont les conseils que tu donnerais à un jeune scénariste-réalisateur pour l’écriture de son film et la gestion des acteurs et de l’équipe technique ?

Binta : D’abord, quand une personne se met à écrire, elle doit ressentir ce qu’elle écrit. Je pense que c’est très important et qu’il faut toujours quelque chose qui vient de soi-même. Au début, quand on commence l’écriture, on s’inspire toujours de choses qu’on a vues ou regardées. Des choses qu’on a aimées et qui nous ont marqués. Ce n’est pas encore nous mais il faut passer par cette étape, je pense. Et, après avoir dépassé cette étape, on va commencer à écrire avec notre propre identité. Donc, ce que je conseillerais, c’est d’écrire quelque chose qui provient authentiquement de nous-même. Il est très important de ressentir ce qu’on écrit. C’est pas bon si ça nous ennuie.

Pour l’écriture, il faut aussi de la discipline et de la persévérance. Ça aussi, c’est très important. Si quelqu’un veut dire écrivain ou quelque chose du genre, je lui conseillerai de diminuer les distractions. En effet, dans le monde d’aujourd’hui, il y en a beaucoup.

Par exemple, les réseaux sociaux, les téléphones, les gens par-ci par-là. Après ça peut nous déconcentrer. La concentration est essentielle pour pouvoir écrire quelque chose de profond. Quelque chose dont on serait fier quand même. De ce fait, quand on relit notre travail, on va se dire que non ce n’est pas moi. Or, c’est parce qu’on est entré dans un autre état qu’on a pu sortir cela.

Conseils pour la direction d’acteurs et la gestion de l’équipe technique

Pour la gestion des acteurs, je conseillerai d’abord de faire aimer le scénario aux acteurs. Il faut que les acteurs eux-mêmes s’intéressent à l’histoire. Ils doivent avoir envie de représenter au mieux les personnages de l’histoire. Quand on a ça, je pense qu’il y a 50% du travail qui est effectué parce qu’il y aura leur volonté. Ils voudront bien faire sans que le réalisateur soit derrière eux et vont commencer le travail eux-mêmes. Après, ce qu’il va rester, c’est les conseils et les orientations du réalisateur, en rapport avec le personnage. La caractérisation des personnages est primordiale pour aider les acteurs à mieux les représenter.

Pour la gestion des techniciens, il faut bien les traiter et penser également à leur confort. Ils doivent bien manger et ne manquer de rien. Surtout si on est débutant et qu’on n’a pas de quoi payer. il faut vraiment du professionnalisme si l’on a envie qu’ils se donnent à fond pour nous. Nos techniciens doivent voir que l’on croit en ce que l’on fait. Il faut vraiment y croire et savoir communiquer et non commander ou donner des ordres. Mais, il faut quand même leur parler avec fermeté, dire ce que l’on veut avoir ou obtenir. C’est juste ça en gros.

Fassar : Binta, je te remercie pour le temps précieux que tu nous as accordé et merci pour ton sens du partage.

Binta : Merci et bonne continuation pour le blog. C’est une très bonne initiative. J’apprécie beaucoup.

Fassar : Merci !